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A Izmir, sur les bords de la Mer Egée, trois personnes nous ont offert des histoires. Ce n'étaient pas des conteurs professionnels, juste des gens, venus d'horizons différents, qui avaient en eux l'amour des bonnes histoires et l'envie de les faire partager à ceux qui n'étaient que de passage. A nous de vous faire découvrir ces trois personnes, en les remerciant encore de leur magnifique cadeau.

Oğuz Adanir est professeur à la Faculté des Beaux-Arts d'Izmir, la Güzel Sanatlar Fakültesi. Il y enseigne le cinéma, avec une nette prédilection pour le cinéma français dont il est un grand admirateur. Francophile et francophone, il a effectué de nombreux séjours de l'autre côté de la Méditerranée, et d'ailleurs on peut admirer une superbe étiquette de camembert trônant sur l'une de ses armoires. La canette de Guinness installée à côté de ladite étiquette prouve d'ailleurs à quel point cet homme sait apprécier les bonnes choses... Ses armoires, justement, ainsi que son bureau, croulent sous les scénarios, les cassettes vidéos et les livres sur le cinéma. Autour d'une tasse de thé, il nous a montré un de ses livres de contes ; il s'agissait d'une anthologie d'histoires de la région d'Izmir recueillies par Pertev Naili Boratav, un éminent spécialiste du genre. Oğuz Adanir, sourire aux lèvres, nous a raconté l'histoire du Fainéant et du Serpent Blanc, qu'il traduisait au fil de sa lecture. Mais il aimait tellement cette histoire qu'il nous a vite fait oublier la présence du livre et l'effort de traduction.

Elif Ipek est élève au lycée Tevfik Fikret d'Izmir. Elle est en classe de 11ème , l'équivalent de la Terminale française, dans la section DIL (littérature et langues étrangères). Lors de notre intervention dans sa classe, lorsqu'il a été temps, après nos propres contes, de demander aux élèves de nous en raconter à leur tour, tous les regards se sont rapidement tournés vers elle. Ces camarades pensaient-ils qu'elle était celle qui parlait le mieux français, ou celle qui connaissait le plus d'histoires ? Toujours est-il qu'après une hésitation qui n'a pas duré bien longtemps, elle nous a prouvé qu'elle était très douée sur les deux terrains. Sans pour autant venir devant tout le monde, elle s'est levée de sa chaise et nous a raconté l'histoire de Şahmeran, la femme serpent. Mais au bout du compte, nous avons quand même réussi à la faire venir devant la classe, le temps d'écrire au tableau le nom de son conte et de prendre son charmant sourire en photo.

Rami Dündar a été durant trente-cinq ans le responsable du centre culturel français d'Izmir. Même s'il a aujourd'hui passé la main, on le voit toujours traîner le matin, dans la bibliothèque, pour y lire les journaux. C'est d'ailleurs dans cette bibliothèque, sous les bons auspices de l'étagère contenant les livres de contes, que nous avons eu l'occasion de discuter avec lui. Il nous a entre autres fait découvrir les Bektaşi, cette secte de vagabonds philosophes qui, de village en village, s'opposaient régulièrement aux autorités cléricales. Les quelques exemples de récits qu'il nous a donnés se sont révélés fort savoureux... Il avait également avec lui un petit livre de contes concernant le célèbre personnage de Nasredine Hodja. Fustigeant les différentes traductions des aventures du fameux "sage", il nous a traduit à sa manière plusieurs contes le mettant en scène. Au moment de se quitter, avec son petit sourire coquin toujours accroché aux lèvres, il nous a dit qu'il espérait nous revoir, mais qu'il n'accompagnerait pas ce souhait du traditionnel "Inch'Allah", car il pense que l'expression est désormais galvaudée et veut plutôt dire que l'on espère que cela ne se passera surtout pas... Une dernière boutade qui résume en elle-même tout l'esprit du personnage.
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