La Cité Morte de Sergilla
Claudio
 
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Avant le départ
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On pourrait se croire en Irlande ou en Ecosse. Tout autour, à perte de vue, c'est une lande de pierres et d'herbes rases qui ondule le long d'un léger relief, et l'on a l'impression que cela doit continuer comme ça jusqu'au bout du monde. Vous êtes au milieu de ce désert rocailleux, là où contre toute attente il y avait une ville.

Avait ? Mais elle est encore là. Presque. Vous êtes dans les ruines de Sergilla.

Personne ne sait pourquoi les habitants sont partis. On évoque la menace des attaques arabes ou mongoles, on parle des routes commerciales qui se sont déplacées plus au nord. Toujours est-il que la ville n'a pas été détruite. Les gens sont partis. Tout simplement.

Plusieurs bâtiments sont encore debout, pratiquement intacts. Dans les recoins des bains publics, les petites niches sont toujours là, où l'on pouvait se baigner individuellement, assis sur la pierre. Il suffirait de les remplir d'eau pour qu'elles soient prêtes à l'emploi. Juste à côté, il y a le bar, sur la place principale, là où tout le monde se retrouvait et discutait. L'édifice trapu a toujours ses colonnades, son étage et ses portes grandes ouvertes. A l'intérieur, les pierres sont nombreuses. Leurs formes sont incertaines, on se demande si ce sont des colonnes effondrées, ou alors des tables et des sièges sur lesquels les habitants de Sergilla se désaltéraient mille ans auparavant. Pourquoi ne pas vous asseoir ? Pourquoi ne pas prendre un verre ?

Mais la promenade continue. Les rues sont facilement identifiables, même quand les maisons autour ont souffert, et vos pas érodent les mêmes pavés que les gens qui rentraient chez eux. La vue a beau être dégagée par les habitations écroulées, cela reste un labyrinthe dans lequel se perdre. Vous regardez le soleil jouer avec les nuages. Sur votre droite, à flanc d'une petite colline, le quartier populaire, avec ses maisons moins hautes, plus resserrées. A votre gauche, le quartier bourgeois. Dans cette zone, deux grands palais sont encore là, ceux des dignitaires. Vous pouvez y entrer par les multiples portes, pénétrer dans des pièces où les plafonds en forme d'arches supportent l'étage supérieur. Où étaient les chambres, la salle à manger, la cuisine ? Difficile à dire, mais il ne faut pas beaucoup d'imagination pour, au gré de ses désirs, redonner vie à chaque pièce. Quand vous ressortez, vous pensez qu'il est bien dommage que vous n'ayez rencontré personne. Vous avez dû manquer les habitants de peu.

Car les nuages qui continuent à défiler dans le ciel, les uns après les autres, créent des ombres mouvantes, sur les murs, au coin des portes. Cette silhouette fugitive, est-ce quelqu'un qui vient de rentrer chez lui ? Et là-bas, un homme n'a-t-il pas tourné dans cette rue, à l'instant ? Il n'y a pas de bruit, mais il y a du mouvement. Voilà un arbre qui a poussé à l'intérieur d'une maison. Un enfant se cache-t-il dans ses branches ? Le soleil qui resplendit au travers des feuilles vous éblouit et vous empêche de voir. Et sans arrêt votre regard revient se poser sur la lande. Là-bas c'est si simple, il n'y a rien, pas d'ombre, juste des rochers et des buissons. Peut-être seriez-vous mieux en dehors de la ville. Après tout, personne ne vous y a invité, vous êtes un intrus, et si quelqu'un soudain vous demandait ce que vous faites là, vous seriez bien embarrassé pour répondre.

C'est l'heure de repartir. Vous le sentez, vous le savez, d'ailleurs vous n'auriez peut-être jamais dû venir. Vous repassez sur la place, devant le bar. Vous entendez des tintements, des rires, et vous vous dites que le vent joue à de drôles de jeux. Vous longez le grand pressoir pour l'huile d'olive. Le vent, encore, qui cette fois-ci amène l'odeur. Vous pressez le pas. De plus en plus. Vous criez. Près du palais, il y a un enfant, une petite fille. En riant, elle vous montre un muret. Vous vous approchez, sa famille est là, ses parents et son grand frère. Ils ont repris pour eux une ancienne maison, et ils ont récupéré des pierres de ci de là pour enclore la cour et y garder leurs chèvres. Timide, vous faites un signe de la main avant de vous éloigner. Il y a donc encore des habitants à Sergilla. Vous en étiez sûr. Au moins quatre. Vous auriez aimé leur demander s'ils sont seuls, mais vous n'avez pas osé. Et puis de fil en aiguille, vous leur auriez demandé depuis combien de temps ils sont là. Et vous n'auriez peut-être pas aimé la réponse.

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