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15ème jour - Mercredi 10/09/03 - (Slovaquie, Bratislava)

Sur le quai 2 de la gare de Brno, nous dégustons comme petit-déjeuner un litre de lait écrémé et un bout de pain, plantureuses victuailles achetées avec nos ultimes vingt couronnes tchèques. Il nous reste 20 haléru, le centime de la couronne, ce qui représente moins d'un cent d'euro. Si un jour nous revenons en République Tchèque, elle sera intégrée dans l'Union Européenne, et peut-être prête à passer à l'euro : quels changements tout cela amènera-t-il dans le mode de vie que nous avons partagé pendant neuf jours ?
Le train arrive et repart avec les deux aventuriers en stock. A 10h30, nous nous arrêtons à Breclav, la dernière gare avant la Slovaquie. Le douanier tchèque vérifie les passeports, dont un certain temps passé à étudier celui de Dul. Nos têtes de brigands nous poseront des problèmes un jour... Dix minutes plus tard, de l'autre côté de la frontière, c'est au tour du douanier slovaque de contrôler les passeports, cette fois c'est vite fait et nous gagnons même notre premier tampon (même s'il n'est pas d'une élégance rare).
Après avoir traversé un paysage de plaines sous un ciel toujours recouvert de nuages, Bratislava est en vue. C'est pour nous le premier vrai d'un pays étranger à un autre pays étranger, passage d'une langue inconnue à une autre, d'une monnaie à une autre. C'est la preuve que nous ne sommes pas en vacances, du genre "je prends les habitudes d'un pays pendant quinze jours et je reviens en France", là c'est passer d'une habitude à l'autre et donc ne plus en avoir.

A Bratislava, nous apprenons que toutes les auberges ont fermé fin août pour accueillir les étudiants. Par l'intermédiaire de l'office de tourisme, nous réservons dans l'hôtel le moins cher de leur liste, et nous nous lançons dans une grande traversée de la ville avec nos gros sacs sur le dos. Quelle n'est pas notre surprise de découvrir au bout du compte un business de businessman, entouré par Orange, Oracle, Alcatel et autres HP ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas endurer parfois pour tenir son budget...
La visite du centre-ville fait étrangement penser à Brno : une zone circulaire de quatre cents mètres de diamètre, avec des rues piétonnes, des magasins de luxe et - c'est ce qui fait la différence d'une capitale - des ambassades à chaque coin de rue. On croise de temps en temps d'étranges statues : un ouvrier sortant d'un égout, un paparazzi braquant son objectif à travers u ne plante verte, et même un Napoléon tranquillement appuyé sur un banc en face de l'ambassade de France.
Nous montons ensuite sur la colline du château. Le château lui-même est très froid, un simple rectangle flanqué de quatre tours avec une cour vide au milieu. Mais la vraie froideur, la vraie non-vie, elle est de l'autre côté du Danube, en face. Le quartier de Petržalka est une immensité de barres d'immeubles dans lesquelles vivent 130 000 personnes, l'héritage du communisme dans ce qu'il a de pire, du gris et du béton jusqu'à l'horizon, avec des cheminées d'usines au milieu.
Le soir, après une ballade au bord du Danube, nous trouvons un petit restaurant qui va vite s'élever au rang de mythe. Sur la carte extérieure, nous voyons des plats incompréhensibles à des prix qui nous conviennent, mais sur l a carte en anglais qu'on nous donne à l'intérieur, nous ne retrouvons pas ces prix. Claudio emmène le serveur pour lui montrer sur la carte extérieure, et l'homme a cette réponse formidable : "ah, but it is on the slovak menu !". Donc voilà, nous avons eu droit au menu slovaque, on n'y comprenait rien mais au moins il n'était pas arrangé pour les touristes. Et depuis ce jour, quand nous ne trouvons pas quelque chose à l'endroit où il devrait être, nous nous disons : it is on the slovak menu !

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