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Claudio :
Je crois que l'on peut appeler cela la dernière ligne droite, même si bien sûr la ligne ne sera pas droite et que nous n'accélérerons pas pour autant, à part peut-être si, tels des chevaux harassés, nous nous rendons compte que l'odeur de l'écurie se fait trop forte...
Tout comme nous nous étions débarrassés de nos habitudes en traversant l'Europe de l'Est et en nous rapprochant peu à peu de l'Orient, il sera temps, presque mille jours plus tard, de revenir doucement vers l'Occident. En quittant l'Iran par le nord, nous égrènerons d'anciennes républiques soviétiques, avec un second passage en Russie longtemps après notre périple sibérien : là encore la transition s'effectuera en douceur, les cultures rencontrées se rapprocheront au fur et à mesure de celle que nous avions laissée derrière nous depuis trente mois. Les découvertes, les plaisirs, les histoires, les petites anecdotes, tout cela sera toujours aussi merveilleux, mais je pense que nous aurons néanmoins le regard légèrement tourné vers la route menant à l'ouest...
Finalement ce sera la Pologne, puis l'Allemagne, puis la Belgique, et enfin la France. Enfin Paris. Peut-être que si nous revenons par le même moyen de transport qu'au départ, le car par exemple, nous reposerons les pieds exactement au même endroit que le 14 juillet 2003, bouclant ainsi au centimètre près cette boucle extraordinaire et tortueuse suivie mille jours durant. Je sais que nos familles seront là, nos amis, nos proches, je sais que je ne serai plus le même que celui qui parle aujourd'hui. J'ai hâte d'y être ! Au départ, bien sûr...
Dul :
La dernière carte, le dernier bout de route. Les derniers instants d'Asie, la très chrétienne Arménie suivie de la Géorgie du petit père du peuple puis le Caucase russe comme porte sur l'Europe. Une fois en Ukraine réapprendre l'Europe. Se plonger dans les souvenirs du 20ème siècle. L'envie de retrouver nos amis, notre famille nous démangera sûrement. Cependant Berlin se dressera encore entre nous et le retour.
Cette dernière étape portera en elle les moments les plus sombres du 20ème siècle. Du génocide des arméniens aux accords de Yalta, du traité de Brest-Litovsk à la destruction de Varsovie. De Tchernobyl aux bombardements de Berlin. L'histoire nous rattrapera encore une fois.
Que trouverons-nous au retour ? Que serons-nous au retour ? Je n'en ai pas la moindre idée, mais j'espére que nous reviendrons avec tant d'images et de mots que nous pourrons être conteurs jusqu'à la fin de nos jours. A qui offrirons-nous notre premier sourire quand nos pas fouleront à nouveau le sol parisien ? Combien de temps le sac restera-t-il posé ?
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